Une immense gerbe d’eau lancée depuis le bateau des sapeurs-pompiers a marqué l’inauguration du barrage de Poses. Les élus et représentants de l’Etat et de VNF avaient auparavant parcouru à pied les 243 m de pont-passerelle d’une rive à l’autre du fleuve (Poses-Amfreville-sous-les-Monts). Remplacé intégralement, il fait partie des lourds travaux que VNF a engagé pendant 5 ans (2020-2025) sur cet ouvrage majeur du réseau fluvial.
Les fondations ont également été renforcées pour assurer la stabilisation de l’ouvrage, les vannes et les systèmes de batardage ont été rénovés et automatisés, une vanne (sur 5) a été changée, les installations électriques ont été modernisées et les piles et culées renforcées. « Nous avons posé 30 000 tonnes d’enrochement, sur 2 saisons, le long de la totalité du barrage, pour « casser » la force de l’eau et protéger l’ouvrage » précise un technicien. 47 M€ d’investissement ont été investis, cofinancés à 36% par l’Europe (car il s’agit d’un axe majeur de transport international) et 20% par la Région Normandie. Le solde (44%) est à la charge de l’Etat, via VNF.
2 passes à poissons
8 M€ supplémentaires ont été investis dans deux passes à poissons (une sur chaque berge), ce barrage étant le premier obstacle à la continuité écologique sur la Seine. « Dans les accordéons successifs, le débit d’eau est de 1,6 m3/seconde, puis entre 2,5 et 5 m3/scde en aval de la passe » détaille Enna Brunel, cheffe de projet aux services opérationnels de VNF. Elle permet aux civelles (800 000 l’année dernière), lamproies, saumons, truites de mer, aloses, de remonter le fleuve pour se reproduire.
Pour ne pas traverser la Seine à pied
Dernier barrage avant la mer, ce barrage a été construit en 1878 par l’ingénieur Caméré. A vannes levantes, c’est l’un des plus importants ouvrages sur la Seine, en termes de taille, de débits et de chutes d’eau. D’une longueur de 243 m de la rive de Poses à celles d’Amfreville-sous-les-Monts, il comporte 7 passes d’environ 30 mètres et sa hauteur de chute varie entre 8 mètres et un mètre en fonction des marées. « Sur la Seine, il faut maintenir 8,40 m d’eau entre le bas du barrage et la hauteur d’eau. 3 m d’eau, au minimum sont nécessaires à la navigation des bateaux, explique Diane Espitalier, cheffe du bureau maitrise d’ouvrage. Sans ce barrage, on pourrait traverser la Seine à pied, à Paris, l’été ! »
12 000 bateaux par an
Le barrage de Poses est un ouvrage majeur du réseau fluvial de la Seine et est indispensable dans bien des domaines. « C’est l’une des 6 lignes de rupture entre Paris et Le Havre. Il régule le niveau d’eau de la Seine sur 40 km, permettant le passage et la navigation de 12 000 bateaux par an et le transit de plus de 6 millions de tonnes de marchandises. Outre le transport de fret, le barrage voit aussi passer une trentaine de bateaux de croisière qui effectuent des rotations dans la vallée de la Seine, entre Paris et Le Havre, transportant plus de 200 000 passagers par an » résume Cécile Avezard, directrice générale de VNF, qui a rappelé aussi que la France avait le plus grand réseau d’Europe avec 6 700 km de voies d’eau et 4 000 ouvrages.
Outre la régulation du niveau, le barrage répond à de multiples usages : irrigation agricole, activités industrielles, production hydroélectrique, loisirs nautique, maintien des écosystèmes, protection de la faune. « Nous sommes admiratifs de l’ingénierie, la technicité et l’expérience chez VNF et Vinci Construction qu’un tel chantier représente, a lancé Hervé Morin, président de région. Le trafic fluvial et maritime est une activité que nous voulons développer et il nous faut nous connecter au plus vite au canal Seine-Nord Europe. »
Jean-Benoît Albertini, préfet de région estime lui aussi que « ce chantier spectaculaire est surtout stratégique. Il confirme l’intérêt maritime de notre région et la grande expertise de VNF. Les travaux réalisés montrent l’importance de concilier les usages économiques, touristiques et environnementaux du fleuve ».