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Château de Gaillon : hommage aux victimes juives

Huit personnes juives installées dans l’Eure ont été arrêtées en 1942, internées au château de Gaillon avant d’être transférées au camp de Drancy et pour bon nombre d’entre elles, à Auschwitz. Une plaque a été dévoilée vendredi pour ne pas les oublier.

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Il y a, à l’origine, un formidable engagement d’élèves de terminale du lycée André-Malraux de Gaillon, et de deux de leurs enseignants : Aurore Devos, professeur d’histoire-géographie et Karine Houchard, professeur de lettres. Pendant deux ans, ils ont fouillé dans les archives pour retrouver le destin de 8 personnes juives, installées dans l’Eure. Parce qu’elles étaient juives, elles ont été arrêtées par la police française, enfermées dans le pavillon Colbert du Château de Gaillon. Elles ont ensuite été transférées à Drancy avant le camp de concentration d’Auschwitz. Cinq d’entre elles y ont perdu la vie : : Lajzer Gutman, Samuel Grossman, Tony Jaller, Ephraïm et Emma Rabinovitch.

Des détails inconnus

Avec beaucoup de dignité, les lycéens ont retracé la vie de Jechiel Tenenbaum, Davys Donnenfeld, Lajzer Gutman, Samuel Grossman, Luc et Tony Jaller, Ephraïm et Emma Rabinovitch quand ils ont été arrêtés entre juillet et octobre 1942.

Dans la salle, silencieuse, des descendants de ces personnes écoutent, émus. Nicole Jaller, fille de Luc et Tony, a été cachée chez le maire de Montreuil-L’Argillé, mais n’a pas échappé au camp de Drancy. Une femme l’a prise sous son aile et a empêché son transfert jusqu’à Auschwitz d’où sa maman Tony n’est pas revenue.

« Mon père est revenu vivant mais n’a jamais dit un mot de ce qu’il avait vécu. Je n’ai appris que cette année que mes parents étaient passés par le Château de Gaillon » confie la frêle petite femme, souriante, qui s’accroche au bras de son fils.

Florence Tenenbaum est la fille de Jechiel. « Grâce aux élèves, j’ai appris des détails sur cette période de la vie de mon père. Il avait 23 ans quand il a été arrêté le 10 octobre 1942, à l’hôpital La Musse où il était soigné. Il a été transféré le 16 octobre à Drancy avant d’être libéré le lendemain. Il est resté caché jusqu’à la fin de la guerre. Je veux témoigner de ma profonde gratitude pour le travail accompli par les professeurs et leurs élèves » a-t-elle déclaré.

« Nous aimons tous l’histoire, mais de la comprendre à travers des personnes qui ont vécu comme nous, dans l’Eure et qui ont été enfermées ici, dans le château que nous connaissons tous, cela lui donne une autre dimension » témoigne Inès Abida, en terminale AGGSP. « Ce projet a permis aux élèves de comprendre le terrible mécanisme mis à l’œuvre sous le régime de Vichy, ici, près de chez nous » confirme Aurore Devos.

Devoir de mémoire

594 personnes furent enfermées au Château de Gaillon pendant la guerre dont 8 juives. Pour ne pas oublier, pour cet indispensable devoir de mémoire, une plaque a été apposée sur le pavillon Colvert. Il rappelle ce funeste épisode du château, « parce que restaurer, c’est aussi préserver la mémoire des lieux, y compris leurs heures les plus sombres » a souligné Emmanuel Pous, directeur du château. « Grâce à vous, cette journée restera gravée dans nos mémoires et dans nos cœurs, a remercié Bernard Leroy, président de l’Agglo, à l’attention des élèves. Le message est clair : ne jamais laisser la haine prendre le dessus. »

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