Le site de 20 hectares, à Val-de-Reuil, a appartenu à Janssen, puis Johnson & Johnson et enfin Kenvue. Un tiers de ce vaste espace (7 hectares) ne lui était d’aucune utilité pour son activité de production de médicaments sans ordonnance. Le 13 février dernier, l’Agglo Seine-Eure s’en est rendue propriétaire pour la somme de 4,5 M€. Cet espace est constitué :
- d’un ancien corps de ferme abritant 1 100 m2 de bureaux, qui seront disponibles à la location pour des entreprises de tout domaine d’activités
- d’un manoir avec salles de réunion en rez-de-chaussée
- d’un centre de recherche de 9 000 m2 dont 6 000 m2 sont déjà équipés pour de futurs laboratoires. « Nous les proposerons à la location. Ils peuvent intéresser des start-up dans le domaine de la recherche pharmaceutique ou cosmétique, ou dans le cadre d’un parcours résidentiel d’entreprise, précise Bernard Leroy lors d’une visite du site, jeudi 5 mars. Les 3 000 m2 restants sont occupés par le laboratoire de recherche Novalix, qui était locataire de Kenvue. Il devient donc locataire de l’Agglo. » Ces bâtiments abritent une « unité de production pilote » en sous-sol, qui serait la seule de Normandie. « Elle permet de tester un produit d’abord sur quelques grammes, puis en augmentant les proportions » ajoute-t-il.
Cette nouvelle offre vient renforcer l’écosystème pharmaceutique, déployé depuis 20 ans par l’Agglo. « Cette filière comptait 2 500 emplois il y a 25 ans. On en dénombre 10 000 aujourd’hui » rappelle le président de l’Agglo. Les grands laboratoires ont attiré des sous-traitants, des fournisseurs, des entreprises de contrôle, de maintenance, des centres de formation, créant ainsi une chaîne de valeurs au service de la filière pharma. Le site de Maigremont vient l’enrichir en devenant l’un des sites majeurs de recherche et développement.
L’Agglo a désormais un an pour séparer les canalisations encore communes à Kenvue et créer une entrée indépendante.
+ d’infos : imc@seine-eure.com
Novalix, la recherche sous contrat
David Lançois, directeur chimie de Novalix se dit « ravi de pouvoir rester sur le site et de devenir locataire de l’Agglo ». Avec 4 sites de recherche pharmaceutique (Strasbourg, Romainville, Val-de-Reuil (depuis 2010) et en Tunisie), le laboratoire de recherche sous contrat emploie 300 collaborateurs (dont 82% de scientifiques) dont 51 à Val-de-Reuil.
Sur le site eurois, les chercheurs des unités de chimie médicinale et chimie de synthèse ont pour mission de concevoir des molécules de médicament jusqu’à la phase préclinique. « Nos clients vont de la start-up à la grande entreprise pharmaceutique française ou internationale » présente Matthieu Jeanty, directeur de la chimie de synthèse. Pour répondre à leur demande, les chercheurs assemblent des briques élémentaires moléculaires, de façon innovante, d’abord sur ordinateur, puis dans le laboratoire de synthèse organique. Quand la molécule est constituée, elle est « nettoyée » pour parvenir à un taux de pureté pratiquement de 100% pour la phase de tests in-vitro dans le laboratoire d’analyse. « Il y a ensuite un va et vient entre le laboratoire qui a créé la molécule et le laboratoire d’analyse pour remplacer un atome par un autre pour parvenir au résultat demandé. C’est un véritable travail d’orfèvrerie » précise-t-il.
15 ans pour un médicament
Un travail de longue haleine aussi. Il faut 2 mois pour créer une molécule, 3-4 ans pour une étude préclinique et 10 à 15 ans entre la création de la molécule et la mise sur le marché du médicament. Toutes les molécules créées n’aboutissent pas. Chez Novalix, un chimiste crée une molécule par semaine. 100 000 seront travaillées pour aboutir à un médicament. « Un projet sur 100 aboutit généralement » indique Cyril Henry, cadre en chimie de purification.
Mais les réussites sont parfois remarquables. Des chercheurs de Novalix, auparavant chez Janssen, ont découvert les molécules nécessaires au traitement du VIH, de la tuberculose ou encore d’un médicament anticancéreux. « Ces collaborateurs Novalix, anciennement Janssen ont permis de déposer 200 brevets, rappelle David Lançois. Ils ont écrit dans des publications scientifiques de haut niveau. Aujourd’hui, Novalix bénéficie de cette expertise. »