Portrait de Mehdi Dutheil, jeune entrepreneur social.

Dans le cadre du mois de l’Économie Sociale et Solidaire, nous avons décidé de mettre à l’honneur, Mehdi Dutheil, qui représente la jeunesse qui entreprend dans le secteur de l’ESS. Découvrez maintenant son parcours.

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Qui êtes-vous, quel est votre parcours (études, professionnel) ?

« Je m’appelle Mehdi Dutheil. J’ai 32 ans et 2 enfants. Jusqu’en 2018, j’ai essentiellement travaillé dans l’industrie mais de 2010 à 2017, j’étais aux côtés de l’équipe de Pocheco, dans le Nord. Cette entreprise est reconnue pour son implication à tous niveaux quant aux sujets RSE. C’est chez Pocheco que cette fibre est née et s’est développée en moi. Pourquoi ? Parce que j’ai pris conscience que la RSE n’était pas uniquement réservée « aux autres », que lorsque l’on prend ce sujet à bras le corps, il est passionnant, dynamise l’activité et permet à l’entreprise de rentrer dans un cercle vertueux. J’ai ensuite travaillé près de 2 ans chez Nutriset, entreprise connue pour son excellence en solutions contre la dénutrition des enfants dans les pays du tiers monde. Nutriset m’a mis sur la voie de la dénutrition des personnes âgées en France, qui est un véritable fléau et sujet de société. C’est à cet instant de ma carrière que j’ai opéré un virage en construisant une activité de services dédiés aux personnes âgées : les Repas Part’âges. »

Pourquoi avoir créé votre structure sous format ESS (quelles sont les spécififités par rapport à une entreprise classique) ? quelles sont les valeurs qui vous portent et comment les avez-vous réinvesties au travers une activité économique ?

« Je ne suis pas particulièrement sensible au milieu associatif mais j’ai créé les Repas Part’âges en structure associative pour 2 raisons :

  • La première, ce statut juridique me permet d’intervenir aisément dans les lieux publics (résidences autonomie, EHPAD, etc.) tandis qu’un circuit d’appel d’offres doit être effectué si j’avais proposé ce même service sous un statut juridique à but lucratif.
  • La seconde est purement marketing. Avant même de créer l’association, j’avais effectué des « tests de concept ». Il s’agissait de vérifier si le concept intéressait les bénéficiaires, fonctionnait, avait du potentiel. Les premiers bénéficiaires de ces tests étaient les résidents de résidences autonomie. C’est dans ce lieu dédié aux personnes âgées que se déroulaient les premiers ateliers. Les bénéficiaires m’avaient confié être très enthousiastes à l’idée de m’accompagner dans d’autres résidences pour « me filer un coup de main ». Comme des ambassadeurs en quelques sortes. Je suis parti du principe que cette mission ressemblait à du bénévolat, et que les véritables patrons, ce sont eux. Nos Aïnés. Et qui dit « bénévolat », dit « association ».

Pouvez-vous nous expliquer en quelques mots l’historique de création de ce projet et son concept/fonctionnement ?

« Le but premier des Repas Part’âges est de redonner un appétit à table et un appétit pour la vie aux seniors isolés. Pour construire le concept de nos ateliers, j’ai passé un nombre colossal d’heures au contact des personnes âgées (tous profils et habitats confondus), professionnels de santé, aidants, acteurs sociaux, etc. J’ai aussi lu beaucoup d’études qui ont confirmé mon intime conviction : puisque la perte d’appétit est avant tout liée à la solitude et au manque de plaisir alimentaire, il fallait rompre cette solitude et redonner du plaisir alimentaire. La solitude ne se joue uniquement par la présence d’une tierce personne. Il s’agit de redonner un sentiment d’utilité et d’appartenance. Le plaisir alimentaire ne se joue pas uniquement dans les qualités gustatives du plat. Ce plaisir renaît quand il y a une implication dans la préparation culinaire : choix du menu, des ingrédients, des épices, des traditions, du dressage des tables, etc. Plus simplement, je dirai qu’il faut qu’ils se sentent vivants. »

1) Sélectionner un lieu (gîte, résidence autonomie, EHPAD) dans lequel nous interviendrons 1 à 2 fois chaque mois;

2) Convenir d’un planning avec le lieu sélectionné

3) « Recruter » des intéressés : résidents et seniors à domiciles. Ne pas oublier de leur transmettre les dates convenues avec les lieux sélectionnés.

4) Demander à chacun des futurs participants une suggestion d’entrée, de plat, de dessert. Organiser un vote entre eux quant au menu qui ouvre le plus l’appétit et veiller à ce qu’il soit équilibré, gourmand et convivial.

5) Le jour J venu, les courses et les ustensiles sont fournis par l’animateur d’atelier, les convives arrivent. Il faut veiller à ce que chacun se présente et fassent connaissance les uns les autres.

6) Répartissez les tâches entre tous les participants (éplucher, couper, faire cuire, dresser les tables, etc.)

7) Lorsque tout est presque prêt, prenez 15 à 30 minutes pour apporter une sensibilisation pratique aux clés du bien vieillir (alimentation, nutrition, activité physique, numérique), puis aidez-les à constituer une playlist (à écouter lors du dîner) avec une application grand public. Ils vont évoquer des souvenirs autour des chansons qu’ils suggèrent.

8) Tout le monde passe à table et mets la main à la patte : servir, débarrasser, faire la vaisselle. Invitez-les à s’applaudir mutuellement pour le succès de cet atelier.

9) Enfin, cerise sur le gâteau, proposez aux participants d’évoquer ou de démontrer une chose qui les caractérise : expérience professionnelle, talent, savoir-faire particulier, anecdote de vie.

Temps d’atelier total : 7 à 8 heures

Temps de préparation : 2 heures

Vous versez-vous un salaire ? Si non, quand espérez-vous pouvoir le faire ?

« Tout travail mérite salaire. Il « suffit » de trouver le bon modèle économique. Les Repas Part’âges permettent de sensibiliser nos Aînés aux clés du bien-vieillir, de stimuler les fonctions cognitives, langagières et sociales et leur apporte les sentiments d’appartenance et d’utilité. Autrement dit, nous avons pensé à tout pour que les ateliers permettent de vivre vieux et en bonne santé physique et mentale, si les participants viennent régulièrement. A priori, ces ateliers intéressent beaucoup de monde, et surtout les structures qui accompagnent les anciens dans leur autonomie : caisses de retraite, mutuelles, prévoyances santé, EHPAD, résidences autonomie, etc. Ce sont donc principalement ces structures qui utilisent leurs budgets pour nos ateliers. Et à bon escient puisque, pour ne parler que de la partie nutrition, la dénutrition coûte 2 milliards d’euros chaque année à l’assurance maladie en frais d’hospitalisation ou prolongement des soins : une personne âgée dénutrie mettra plus de temps à se remettre d’une opération de la hanche, par exemple. »

Vous suivez le parcours de l’incubateur Katapult, format novateur de l’accompagnement à l’entreprenariat, mis en œuvre par notre partenaire l’ADRESS, pouvez-vous nous dire ce qu’il vous apporte ?

« Il permet de poser un cadre « entrepreneurial » en proposant des formations et des en nous accompagnant dans des étapes clés de la création et du développement de l’activité. On se sent aussi beaucoup moins seuls face à nos dilemmes, choix et décision à acter. »

Pourquoi avoir choisi de vous installer sur le territoire Seine-Eure ? Comment votre association est valorisée/soutenue par l’Agglo Seine-Eure ? Ou comment l’Agglo Seine-Eure vous a accompagné durant votre parcours ?

« J’ai décidé de m’installer ici car on parle beaucoup d’isolement social mais les normands âgés subissent aussi un isolement géographique. L’Agglo, c’est aussi mes racines. Après avoir travaillé dans différentes régions de France et du monde, il était temps de revenir aux racines. Ma rencontre avec l’Agglo Seine-Eure est récente et pourtant déjà prometteuse.

En effet, je n’avais pas trouvé de relais locaux efficients pour informer les seniors isolés quant à la présence de mes ateliers à proximité de chez eux. Je ne pouvais plus être « au four et au téléphone ». En effet, pour « recruter » des bénéficiaires âgés, j’ai utilisé plusieurs méthodes : prendre l’annuaire d’une ville et appeler tous les Michel, Jacqueline, Monique, Jacques, Arlette. J’ai aussi été présent sur des marchés ruraux pour interpeller les cheveux blancs que je croisai. Mais toutes ces démarches me prennent beaucoup de temps et d’énergie. Lorsque j’évoquai cela avec l’Agglo, ils ont tout de suite réagi en envoyant une communication à toutes les structures qu’ils connaissaient. »

Comptez-vous développer une nouvelle activité ou étendre celle-ci ?

« Je déborde d’idées mais je suis plutôt du genre à « creuser mon sillon », le stabiliser, le pérenniser avant de développer d’autres concept que j’ai en tête. Ce sur quoi je travaille en ce moment, c’est un kit de reproductibilité afin d’ouvrir des antennes dans les régions les plus touchées. J’aimerai en parallèle trouver des personnes qui souhaitent « plancher » sur les projets que je n’ai que dans ma tête, et en faire une réalité. »

Hors pandémie, nous pouvons assurer près de 350 ateliers (avec 2 animateurs) en réunissant jusqu’à 30 convives pour chaque atelier.