Communauté d'agglomération Seine-Eure

Le contournement est de Rouen fait débat

27-05-16

Environ deux cents personnes ont participé à la réunion publique sur le contournement est de Rouen-liaison A28-A13, hier soir au grand Forum à Louviers. Après les réunions de concertation de 2014, les opposants au projet semblent toujours aussi nombreux.


Existe-t-il une majorité silencieuse favorable au projet de contournement est de Rouen et la fameuse liaison A 28-A 13 ? Si tel est le cas, son silence était assourdissant hier soir, au Grand Forum. Les cinq commissaires enquêteurs et les représentants de la Dréal ont tenu une réunion publique dans le cadre de l’enquête publique qui se déroule du 12 mai au 11 juillet. Ils ont dû faire face pendant quatre heures à une salle résolument hostile au projet.
 
Le projet
Le projet de contournement est de Rouen-liaison A28-A13 serait une autoroute à péage, de 2x2 voies, reliant l’A28 au nord, à l’A13 au sud, près d’Incarville, en intégrant une branche reliant le sud de l’Agglo de Rouen au niveau du rond-point aux vaches. D’une longueur de 41,5 km (35 communes traversées), il compterait 9 échangeurs, dont un à l’est d’Alizay. Le trafic attendu est de 20 à 30 000 véhicules/jour. Sa mise en service est prévue pour 2024. Objectif : désengorger Rouen et faire gagner aux automobilistes 5 à 10 minutes sur les temps de trajet.
C’est ce qu’ont affirmé Patrick Berg et Jean-Yves Peigné de la Dréal, avec force chiffres à l’appui. Romaric Courtier-Arnoux et Bertrand Perrier, du même organisme, ont décrit les ouvrages qui seraient construits et les solutions qui pourraient être mises en place pour impacter le moins possible l’habitat humain et l’environnement. La démarche ERC, issue du Grenelle de l’Environnement serait adoptée : Eviter-Réduire-Compenser.
Depuis 2014, le projet a été légèrement modifié : la consommation foncière serait de 516 hectares au lieu des 605 hectares initiaux (-15%). Son coût diminue lui aussi légèrement : 886 M€ HT au lieu de 1 milliard d’euros (- 11%), apportés par des financements publics et privés.
 

Dans la salle, nombreux sont ceux se présentant comme membres du Front de Gauche, du NPA, d’associations comme Non à l’autoroute. Des maires de l’Agglomération Seine-Eure sont là aussi. Et aussi de simples citoyens, des habitants du territoire, ne relevant d’aucun parti et qui veulent comprendre les tenants et les aboutissants de ce projet-serpent de mer, né il y a plus de 40 ans.
 
Morceaux choisis des arguments contre
 
  • La santé des habitants mise en danger : Plusieurs membres du public ont dressé un tableau noir des maladies engendrées par les particules fines générées par la circulation : asthme, cancer, bronchite chronique, bronchiolite, etc. Aucun rideau d’arbres ou merlons ne les arrêteront. Quant au bruit généré par le passage des voitures, il est source de dépression.
  • Pollution : Un participant a également douté de la capacité des bassins à contenir l’eau polluée aux hydrocarbures. La méthode consistant à  les dimensionner pour des pluies centennales n’est pas adaptée. Les changements climatiques bouleversent la donne. Pour lui, le risque de trop-plein et que l’eau polluée se déverse dans la terre puis dans la nappe phréatique est réel.
  • L’impact sur la biodiversité : « Nous ne sommes pas contre le fait de désengorger Rouen, mais nous n’avons pas besoin de cette virgule euroise. Supprimons le péage d’Incarville pour fluidifier la circulation sur l’A13, propose Catherine Duvallet, maire-adjointe à Val-de-Reuil. Dans l’Eure, ce projet sacrifie notre territoire et aura un grave impact sur la biodiversité. » « Il morcelle, émiette notre territoire » ajoute un habitant de St-Pierre-du-Vauvray. Une habitante de Val-de-Reuil, membre de « Non à l’autouroute » aime ce coin de l’Eure, proche de Paris et de Rouen, mais malgré tout à la campagne. « Ici, j’ai l’impression de respirer. Or ce projet va engendrer de la pollution et va couper Val-de-Reuil de la forêt. »
  • Pas de gain de temps : pour les opposants au projet, tabler sur un trafic de 20 à 30 000 véhicules par jour est faussé car beaucoup d’automobilistes refuseront de payer le péage. « Les Lovériens qui veulent rejoindre Rouen savent que le bouchon se situe généralement après le rond-point aux vaches. Ils vont donc se retrouver dans les embouteillages comme avant. Le gain de temps est donc nul. Vos calculs sont faussés » affirme un habitant de St-Pierre-du-Vauvray.
  • Cherchez l’erreur : Pour Pierre Vandevoorde (NPA), il est illogique d’accueillir en France la Cop 21, de s’engager à ne pas augmenter les températures de 2° et de construire une nouvelle autoroute qui va encore augmenter les gaz à effet de serre.
 
Les dés sont-ils jetés ?
 
C’est le sentiment de Jean-Yves Calais, maire de Léry et élu communautaire. « Il y a quelque chose d’effarant dans cette réunion, lance Jean-Yves Calais. J’ai l’impression d’être revenu en 2014 avec les mêmes questions et les mêmes réponses. J’ai le sentiment que tout est plié d’avance et qu’il est impossible de revenir en arrière ; que quand le projet est parti, plus rien ne peut l’arrêter : l’Etat vous a commandé une autoroute alors vous construirez une autoroute. Ecoutez les habitants ! Personne n’en veut de ce projet. »
Même sentiment chez Richard Jacquet, élu communautaire et maire de Pont-de-l’Arche. « On rejoue la même pièce avec les mêmes intervenants. Mais c’est de la vie réelle dont on vous parle, pas d’une pièce de théâtre ! Venez dans nos communes et vous verrez que cette autoroute est un projet de désaménagement du territoire. A l’Agglo Seine-Eure, nous sommes en train d’élaborer un PLUI. Or, nous avons le sentiment de ne plus avoir la maitrise de l’aménagement de notre territoire. C’est très dérangeant. Je suis de plus en plus convaincu que ce projet nous est néfaste et ne servira pas aux habitants de nos communes. »
Yves Lanic, maire d’Amfreville-sous-les-monts et élu de l’Agglo a rappelé que l’Agglo s’était prononcée contre la version autoroutière dans sa partie euroise. L’Agglo demandait que le projet soit requalifié en deux fois une voie dans sa section euroise, et qu’elle soit gratuite pour bénéficier au plus grand nombre. « C’est la position officielle de l’Agglo, notre feuille de route et ce vote, exprimé à l’unanimité, doit être respecté. »
 

Questions-réponses

 Ni pour ni pour, des habitants ou élus attendaient aussi des réponses à leurs interrogations :
 
  • Si le trafic n’est pas de 20 à 30 000 véhicules par jour, le concessionnaire pourra-t-il demander des compensations financières aux collectivités, donc aux contribuables ?
  • « Le concessionnaire fera lui-même son étude de trafic avant de déposer son offre. Si le trafic est moindre, c’est à ses risques et périls. Aucune compensation n’est prévue » affirme Patrick Berg, directeur de la Dréal.
 
  • Les camions de transit auront obligation d’emprunter cette nouvelle autoroute, mais comment reconnaître un véhicule en transit d’un autre qui a besoin de s’arrêter sur le territoire ?
  • Les poids lourds auront interdiction d’emprunter le tunnel de la Grand’Mare et les actuelles routes d’accès, comme ils ont eu interdiction d’utiliser les quais de Rouen. Ils auront donc obligation d’emprunter la nouvelle autoroute.
 
  • Les poids lourds pourront-ils transporter des matières dangereuses ?
  • L’autoroute est l’infrastructure la plus sûre, y compris pour les poids lourds. Le transport de matières dangereuses est réglementé en France. Les poids lourds emprunteront l’autoroute et ses ouvrages d’art. Il y a toujours moyen d’interdire la traversée de certaines communes s’il existe une solution alternative.
 
  • Quelle sera la hauteur du remblai sur les communes d’Alizay et Le Manoir et celui du pont au passage de la Seine ?
  • Le profil devra être défini par le concessionnaire mais le remblai devrait être de 6 à 7 m, puis augmenter progressivement : 11 m au-dessus de la voie ferrée pour atteindre 25 m au-dessus de la Seine. Le viaduc ne passera au-dessus d’aucune habitation.
 
  • Les collectivités devront-elles garantir les emprunts du concessionnaire, comme elles garantissent les emprunts des bailleurs pour la construction de logements sociaux ?
  • Pour Jean-Luc Lainé, président de la commission d’enquête, « il n’est pas demandé aux collectivités d’apporter une garantie d’emprunt au concessionnaire ».
 
  • Si l’effort financier demandé à une collectivité n’est pas soutenable, que se passe-t-il ? Cela remet-il en cause le projet ?
  • La part des financements publics devrait être d’environ 50% des investissements et l’Etat est disposé à apporter 50% de cette moitié du projet. Le reste sera apporté par la Région et les autres collectivités (département, métropole de Rouen, Agglo Seine-Eure…). Si une collectivité ne peut pas apporter l’investissement qui lui est demandé, les autres devront réétudier leur participation et voir si elle peut être réévaluée à la hausse.
 
Les pour
Il y en a un, qui s’est exprimé durant la soirée, en la personne de Laurent Lesimple, responsable du dévelopement études et aménagement à la CCI Portes de Normandie (anciennement CCI de l’Eure avant sa fusion avec Alençon). « 2 800 entreprises, représentant 80 000 emplois, se sont prononcées pour cette infrastructure. Les entreprises réclament le contournement de Rouen depuis 20 ans. Faire passer les camions au centre de Rouen ne satisfait personne et le train ne peut pas passer partout. Les poids lourds sont et resteront nécessaires, par exemple pour alimenter les silos de Rouen, les dépôts, les magasins. Le contournement est de Rouen boostera l’économie de la région. »
 
L’enquête publique se poursuit jusqu’au 11 juillet. Il est possible d’apporter sa contribution dans les registres mis à disposition dans les mairies et à l’Agglo.
Des permanences sont organisées :

Les Damps : lundi 30 mai de 14h à 17h
Pîtres : mercredi 1er juin de 14h à 17h
Hôtel d’Agglo, à Louviers :  mercredi 8 juin de 9h à 12h
Val-de-Reuil : lundi 11 juillet de 11h à 15h.
Il est aussi possible de déposer un avis sur le registre numérique, qui a la même valeur que les registres papiers : www.seine-maritime.gouv.fr





Contacter la Direction des politiques publiques durables

Directeur : Marc MONNIER
Courriel:
politiquespubliquesdurables@seine-eure.com 

Adjointe au Directeur : Sylvie PONTHIEUX

Assistante de direction : Valérie RACINE
Téléphone : 02 76 46 02 11

Chargée d'opérations : Lauriane DUMONTIER

Chef de projet transition énergetique :
Julie NGO

Coordinatrice développement durable :
Claire LABIGNE